Ceci n’est pas un blog…

… encore que…

Rapport Attali, premières impressions 7 février 2008

Classé dans : Le capitalisme tel la nuée... — princessemarie @ 9:06
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J’ai commencé à lire le rapport Attali. Certes, je ne suis pas la première…

A la base Attali m’était plutôt sympathique, je trouvais PlaNet Finance assez emblématique d’une volonté, que je partage, de s’insérer dans la société capitaliste moderne tout en poursuivant (aussi) des objectifs autres que l’augmentation de la fortune des actionnaires. Il m’est devenu moins sympathique lorsque j’ai reçu une offre de stage de PlaNet Finance, au demeurant très intéressante, mais qui se proposait de faire tenir au stagiaire les fonctions d’assistant au directeur général, avec les responsabilités correspondqntes et un temps de travail sans doute un peu supérieur aux 35 heures… pour 350 euros, non négociables. Faire de la microfinance en exploitant des stagiaires, c’est un peu facile… C’est très drôle d’ailleurs, il donne le bâton pour se faire battre en mentionnant la rémunération des stages dans ses propositions… Nul n’est prophète en son pays, semble-t-il ! Donc j’en veux à Attali. Et je le mentionne dès le départ, en gage de bonne foi : mes positions ici ne sont pas objectives.

Une première chose qui me surprend, c’est la relation de M. Attali et de sa commission avec le chiffrage des propositions. On commence par nous expliquer ce que représente un point de croissance en termes d’emploi, de dette publique, de pouvoir d’achat et autres, puis les conséquences des mesures proposées sont données, là aussi en croissance supplémentaire, emplois, logements sociaux, espérance de vie… alors qu’aucune proposition individuelle n’est assortie d’effets chiffrés, et que M. Attali s’est défendu de tout objectif chiffré lorsqu’un député l’a interpellé à ce sujet. Les propositions sont censées être mises en œuvre toutes ensemble, j’imagine donc qu’elles doivent produire des synergies entre elles et j’aurais bien aimé trouver un mot sur ce sujet.

Ensuite, la juxtaposition d’allégations que ne vient étayer aucune preuve – le redoublement est toujours néfaste, les PME sont l’avenir du pays, le sport c’est génial… – m’énerve un peu. Je me doute qu’on n’a pas le temps de tout citer, tout justifier, tout argumenter, dans un rapport de 250 pages, mais cela a pour conséquence que sont ici reprises, étrangement, des propositions déjà entendues ailleurs, mais sorties de leur contexte et de l’idéologie qui a prévalu à leur conception – mais bon, ceci appartient au sarkozysme, apparemment, puisqu’il faut être « décomplexé » et ne pas se laisser enfermer dans un parti. Cohabitent alors la somme d’argent reçue par chaque parent pour scolariser son enfant où bon lui semble, entendue chez Aurélien Véron lors d’une conf Alternative Libérale, l’abolition de la licence de taxis, citée par Delpla et Wyploz (mais avec compensation pécuniaire chez eux) dans Payer pour réformer, paru au printemps, et des micro-mesures raffariniennes style guichet unique …

Et puis, quoi qu’en dise Attali, c’est un peu un catalogue à la Prévert où le gadget côtoie la réforme structurelle majeure, un peu comme si le but était d’endormir l’attention du lecteur, le tout sans plan directeur clair. Américanisation ? On se situe en tout cas dans le domaine du Powerpoint, qui juxtapose des points sans souci d’enchaînement logique et de raisonnement clair, bien plus que dans le rigoureux et bien français plan en trois parties – ou deux, pour les Sciences po qui me liraient… A moins que, à travers les 300 décisions, l’ancien sherpa de Mitterrand ait voulu faire allusion aux 110 propositions ?

Bon, j’en suis arrivée à la 100e décision, il se fait tard, je reprends ça dès que possible !

(Update : j’ai compris pourquoi Attali reprenait des idées de Delpla, c’est parce que… Delpla fait partie de la commission Attali !)

 

La fusion-acquisition 7 février 2008

Classé dans : Le capitalisme tel la nuée... — princessemarie @ 9:02
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Voilà une industrie qui n’est qu’une usine à gaz.

Pour les entreprises concernées, tout d’abord. Une fusion-acquisition sur deux est un échec, le plus souvent prévisible dès l’énoncé théâtral des synergies censées être mises en œuvre, qui se double en général de l’affirmation antithétique de zéro suppression d’emploi – si on peut, comme l’indique la synergie, utiliser proportionnellement moins de ressources en augmentant sa taille, où vont les ressources humaines excédentaires ? dans les limbes récemment abolies par Benoît XVI… ? Et pourtant, dans un formidable mouvement de fuite en avant global, périodiquement, les leaders d’une industrie ou d’une autre se jettent comme des moutons qu’ils sont dans ces vastes et coûteuses opérations.

Ça ne sert à rien, ça se défera peut-être dans cinq ans comme Daimler-Chrysler, en attendant on a de quoi nourrir une armée de consultants, de banquiers, de journalistes. Convulsion inutile et récurrente de managers qui rêvent de bâtir des empires désormais anachroniques.

Pour les actionnaires ensuite. La fusion sera relutive, les synergies opéreront dès la première année, que ne leur serine-t-on pas. Et au bout du compte, Investir finit par juger l’évolution du cours décevante.

Et pour les stagiaires enfin. Que serait le jeune carriériste aux dents longues sans le rituel stage en M&A à Londres ?

En voilà un travail utile pour la communauté. Pourquoi Arlette Laguiller se plaint-elle du remplacement de l’homme par la machine. C’est tout le contraire qui se produit ici, c’est un fichier Excel qui est remplacé par un stagiaire. Ce qu’on prend pour la pointe du capitalisme consiste, en dernière analyse, à un simple retour à la forme la plus rudimentaire du capitalisme. L’extraction de la plus-value par le capitaliste, au lieu de se cacher perfidement dans l’exploitation du progrès technique et de la productivité comme Marx le soulignait, reprend la forme brutale en vigueur dans les mines de charbon au XIXe siècle. Allonger la journée de travail pour en retirer la plus-value la plus élevée, jusqu’à la limite physique de la capacité du travailleur.

C’est ainsi que notre nouveau prolétaire se retrouve, de 8 heures à 2 heures du matin, à faire des tableaux de chiffres et des présentations Powerpoint. Que vaut ce travail ? Idée communément répandue : c’est du travail très qualifié et difficile – d’où le recrutement quasi exclusif d’étudiants de grandes écoles – ce qui justifie une rémunération bien supérieure à la norme pour un stagiaire, de l’ordre de 3 000€ par mois en moyenne. Supposons, la fatigue aidant, un temps de travail productif journalier de 15 heures, et supposons que le dimanche soit chômé. On a 15h * 26 jours de travail = 390 heures par mois. En divisant nos 3 000€ par ce temps de travail, on est… en dessous du SMIC horaire. 

C’est donc une excroissance monstrueuse du capitalisme que la fusion-acquisition : créant des conglomérats difformes qui détruisent de la valeur pour l’actionnaire – à cause du conglomerate discount qu’applique le marché aux groupes disparates ; qui entretiennent et nourrissent toutes sortes de parasites – banques d’affaires, cabinets de conseil… ; et qui finalement se soldent par l’effondrement de la bête, le licenciement des salariés, l’exploitation brutale et primaire des stagiaires et de tout autre junior de toute autre organisation impliquée dans l’opération.Et que produit cet hydre effrayant ? Rien de plus que ce que produisaient avant, séparément, les entités qui le composent. Au lieu de chercher les raisons des échecs récurrents de ces monstres dans des questions de culture d’entreprise, admettons enfin que toute leur construction est intrinsèquement vaine et nuisible.

Sur ce, je retourne à mon pitch.

 

Altweiber 1 février 2008

Classé dans : L'or du Rhin — princessemarie @ 10:28
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Pour le moment ceci n’a pas vraiment ressemblé à un blog d’expat…

Mais je passe la période du carnaval en Rhénanie, ce qui est bien digne d’un petit billet. Autant le dire tout de suite, à la base je n’aime pas le carnaval. Les défilés costumés, les chars, les fanfares qui jouent faux exprès, je ne le tolérais que parce que parce que c’était aussi la période des crêpes.

L’intérêt d’aller à l’étranger, c’est qu’on découvre que ce qu’on croyait universel n’a cours que dans une zone géographique déterminée. J’avais été effarée de découvrir que le lièvre de Pâques ne passait pas à Paris, j’apprends à présent que la crêpe est une spécialité française, comme la galette des rois d’ailleurs.

Hmm. Donc, pas de crêpes ici pour mardi gras. Et puis de toute façon les festivités du carnaval ne se limitent pas à mardi gras, elles durent presque une semaine en tout. En termes culinaires, je me gave de boules de Berlin, et je crois que j’y gagne au change, d’autant plus que les prix allemands n’incitent pas à la retenue à l’heure de la pause déjeuner. Pour 3,50€ j’ai systématiquement le sandwich ET le dessert ! Mais le carnaval en lui-même…

Dans la région, il n’est pas rare de prendre une ou deux semaines de vacances pour le carnaval, entre sa préparation, la fête proprement dite, et le temps de s’en remettre ! Tout commence le jeudi qui précède le mercredi des cendres. C’est Altweiber, le carnaval des femmes, une tradition qui date du carnaval de Cologne au XIXe siècle, quand les femmes se sont emparées de ce jour. Elles s’arrachaient leurs bonnets, puis défilaient costumées dans la ville. A Bonn, Altweiber est le jour le plus important du carnaval : pour s’emparer symboliquement du pouvoir, les femmes investissent l’hôtel de ville au terme d’une cavalcade.

La prise du pouvoir par les femmes, voilà donc le thème du jour. Pour ceci, le travail cesse à 11h11 précises dans à peu près toutes les entreprises (enfin, pas la mienne…). Gare alors à l’ignorant qui aura mis une cravate : il sera assailli par un bataillon de femmes armées de ciseaux, qui couperont sans pitié la cravate du malheureux ! Mon boss était hier en réunion chez un gros client et y a croisé un cadre dirigeant qui contemplait tout dépité le moignon de tissu qu’il avait autour du cou… Pas de défilé généralement pour Altweiber, mais les bars sont pleins de joyeux drilles déguisés en pirates, ou avec des perruques roses, le tout au milieu des flots alcoolisés de rigueur au pays de la Altbier !

Lettre de motivation et dossier de majeure obligent, je ne suis pas sortie hier, mais mon père vient me rendre visite pour le week-end, donc ce sera l’occasion de voir la suite des événements. Retour au bureau (et au blog) prévu pour Rosenmontag, le lundi des roses, nommé ainsi d’après la traidtion papale du XIe siècle de bénir une rose d’or et de l’offrir à une personnalité méritante. Ca a quand même plus la classe que de remettre la Légion d’Honneur à Isabelle Balkany, non ?

 

L’homme qui valait cinq milliards 29 janvier 2008

Classé dans : Le capitalisme tel la nuée... — princessemarie @ 9:19
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Soit une banque bien tranquille, installée depuis 1870 au pays du capitalisme étatique et de ses 200 familles. Dans un élan inspiré par le premier gouvernement socialiste depuis 40 ans, le pays s’ouvre à l’économie de marché, ce qui transforme du jour au lendemain les héritiers de Bourbaki, qui enseignaient jusqu’alors la théorie des ensembles à des gamins de douze ans perplexes, en golden boys new-yorkais. Enfin, à part l’accent yankee, irrécupérables qu’ils sont en langues étrangères.

      
      L’Etat, qui n’a pas dit son dernier mot, crée les conditions favorables à l’émergence d’un champion national – enfin deux, pour donner l’impression qu’il existe une concurrence. Arrive à la tête de notre vénérable institution bancaire un type qui a bien compris dans quel environnement il évolue, sans doute aidé en cela par la fréquentation des grandes écoles idoines, j’avoue ne pas avoir vérifié. Pour se faire bien voir du Prince et s’assurer les cinq mandats d’administrateur qu’il lui est permis de cumuler avec les jetons de présence y afférant, il écrit un rapport qui fait date au pays du capitalisme à la barbichette et qui, fort originalement, porte son nom.

    
      Notre homme a bien compris que, malgré tous les efforts des irréductibles Gaulois, le traité de Maastricht était entré en vigueur et allait jeter en pâture à l’impérialisme outre-Atlantique les quelques fleurons industriels que le gouvernement n’avait pas encore réussi à nationaliser ou à tuer. Il était donc temps de mettre en œuvre un plan fourbe et brillant : son rapport contenait des recommandations, que les entreprises seraient libres d’adopter ou pas, et qui visaient à les rapprocher en apparence du monde capitaliste. Il créait le capitalisme Canada Dry, avec ses administrateurs prétendument indépendants qui avaient joué dans le même bac à sable de l’Institut Sainte Marie à quatre ans et participé aux mêmes courses de Fiat 500 dans les couloirs d’HEC à vingt-cinq (véridique…). Prévenus, ses camarades s’étaient empressés de porter ledit rapport aux nues et l’avaient adopté plus rapidement que les candidats à la présidentielle n’avaient signé le pacte écologique de Nicolas Hulot.

    
       Evidemment, certains se sont doutés du stratagème. Ainsi, notre héros s’est trouvé interpellé par un actionnaire ce printemps, lors de l’Assemblée générale d’un grand groupe dont il est administrateur.  « Monsieur B., s’est écrié l’impertinent, votre ami monsieur T. est administrateur de cette société depuis 20 ans et pourtant vous persistez à le déclarer indépendant. Or dans votre propre rapport, vous indiquez qu’on ne peut plus considérer comme indépendant quelqu’un qui a passé plus de douze ans à roupiller dans le même Conseil d’Administration ». Evidemment, l’administrateur en question, qui avait été nommé à l’époque où l’Union Soviétique existait encore, disposait de connaissances tout à fait stratégiques, indispensables pour son entreprise, et notre valeureux défenseur de l’exception culturelle française s’employa de son mieux à le défendre.

       
    Mais le capitalisme avait aussi du bon. Ainsi, Enron et Sarbanes-Oxley fournissaient à notre banque une occasion unique d’appliquer tout le savoir-faire national en termes de bureaucratie. Elle créa ainsi des organismes de contrôle aux procédures suffisamment absconses pour compenser les emplois de fonctionnaires que l’économie de marché avait impitoyablement détruits, et ouvrit  des débouchés massifs aux bébés requins frais émoulus de leur école de commerce qui n’avaient pas encore de projet professionnel.

     
    C’est à ce moment de l’histoire qu’on entre dans un thriller américain. Arrive un fourbe trader – il n’a même pas fait de grande école, c’est dire ! Ne pouvant présenter ces quartiers de noblesse que sont les diplômes élitistes, il est catalogué « pas particulièrement brillant » et de là lui vient une haine viscérale du beau système d’harmonie sociale égalitaire de notre banque. Il décide donc, par pure malveillance envers le modèle économique national, de saboter les fondements de son entreprise au nez et à la barb(ichette) de ses administrateurs indépendants. Très occupés à fumer leur cigare rituel après leur déjeuner chez Taillevent, les intéressés ne s’aperçoivent pas que la fourbe vipère qu’ils ont nourrie en leur sein s’est creusé une confortable tanière dans les paperasses accumulées depuis l’ère des cartes perforées et de cette grande invention nationale qu’est le Minitel. Le trader commence donc, sous couvert de faire gagner de l’argent aux 200 familles, à prendre des positions de plus en plus risquées sur des produits dérivés de plus en plus sophistiqués, que seul son génie machiavélique arrive à comprendre – ce n’est pas pour rien qu’ils s’appellent plain vanilla. Son but ? Faire sauter la banque. Filer avec le grisbi.

     
    Le 9 janvier, notre affreux capitaliste appelle un ami Yankee, qui s’était glissé dans le Conseil d’administration à la faveur de l’internationalisation forcée de notre champion national. Ils sont évidemment de mèche pour s’enrichir sur le dos des malheureux Gaulois, et l’administrateur, ni une ni deux, vend pour 90 millions d’euros de titres qu’il possède dans la banque. Quel est l’intéressement du trader, nul ne le sait. Mais le dimanche suivant, à la faveur d’un hasard, notre capitaine d’industrie  si respecté pour son rapport met au jour les fraudes commises par ce trader vendu aux capitaliste, qui ont contourné toutes les barrières bureaucratiques. Le complot des Yankees est dévoilé. 50 milliards sont dans la nature, hors de toute couverture. Notre avisé banquier revend aussitôt, à la faveur de la crise financière qui vient de s’abattre sur le pays, et parvient à limiter les dégâts à cinq malheureux milliards.

      Que se passera-t-il à présent ? Les Américains avoueront-ils leur tentative de déstabilisation ? Le cave se rebiffera-t-il ? Les barbichettes tiendront-elles en place ? Qui sera le premier qui rira ?

 

Pourquoi les femmes ne deviennent pas PDG 25 janvier 2008

Classé dans : Le capitalisme tel la nuée... — princessemarie @ 13:07
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Une seule femme dirige un groupe du CAC 40 – Patricia Russo, et elle est Américaine. Conclusion logique qui s’impose à toute « féministe » dans la société de victimes où nous vivons : les Français sont de sales sexistes ancrés dans des traditions archaïques qui refusent aux femmes le droit à l’égalité de salaire et de perspectives professionnelles. La preuve, le temps partiel contraint, les études des femmes, leur salaire 20% en dessous de celui des hommes, etc.

Je refuse cette explication. Je refuse de me considérer comme une victime sous prétexte que je suis une femme. Ce n’est pas ma faute si les filles veulent devenir esthéticiennes, assistantes sociales ou maîtresses d’école alors que tout le monde sait très bien que directeur financier ou ingénieur paie mieux et offre plus de possibilités d’évolution. La première source d’inégalité est le manque d’ambition des femmes. Je suis prête à le maintenir à minuit sur le champ clos.

Bien. Passons aux choses sérieuses. Dans le cas plus spécifique des cadres dirigeants et des PDG, trois éléments, tenant à l’attitude des femmes elles-mêmes, les mentalités développées par les entreprises, et le système économique et social, me paraissent rendre l’accès à ces poste difficile pour les femmes.

Premièrement, l’observation des trajectoires des PDG actuellement en exercice, partout dans le monde, met en lumière des parcours similaires. Un PDG a, la plupart du temps, occupé des fonctions opérationnelles de plus en plus importantes jusqu’à être directeur de la principale branche de l’entreprise (Christophe de Margerie chez Total, par exemple, qui était directeur de l’exploration-production). En effet, par cette expérience, il connaît le métier de l’entreprise et a l’habitude de gérer des unités de profit. Très peu de PDG ont commencé par directeur marketing ou directeur juridique… Une exception à cela, le directeur financier. Très souvent, il est considéré comme le n°3 de la société, derrière le PDG et le DG, ce qui le rend capable de briguer le fauteuil tant désiré… On en voit un exemple – féminin, en plus – avec Indra Nooyi, la nouvelle CEO de Pepsico. Or, les femmes ont tendance d’une part à se spécialiser plus que les hommes, que ce soit dans leurs études ou dans les postes successifs qu’elles occupent, et d’autre part, en se spécialisant, à ne pas faire de finance… En particulier, parmi les cadres dirigeants, les femmes sont surreprésentées chez les directeurs juridiques, comptables ou dans les ressources humaines. Les malheureuses y sont condamnées à atteindre un plateau, dans un comité exécutif pour celles qui réussissent le mieux, mais guère au-delà.

Les entreprises, ensuite. La diversité s’y est imposée partout dans les années 90, un peu comme le développement durable en ce moment : aussi et surtout dans des entreprises qui n’en avaient rien à faire mais devaient céder à la mode pour des raisons d’image. Encore que… parmi les Fortune 500 ou le CAC 40, la moitié des sociétés ne comptent aucune femme à leur comité exécutif. Mais pour toutes les autres, il a bien fallu instituer un quota. Donc, nomination d’une femme. N’importe où. N’importe laquelle parfois. Grand jour pour les directrices des RH et les directrices de la communication – et pourtant j’aime la com – qui se voyaient offrir des strapontins inimaginés – et sans grand risque : une mauvaise directrice des RH est quand même bien moins dangereuse pour l’entreprise qu’une mauvaise directrice financière. Même tendance dans les Conseils d’administration, avec un raffinement supplémentaire. Tant qu’à faire des quotas, soyons sûrs au moins qu’elle est compétente. D’où la nomination de femmes qui avaient déjà l’expérience des conseils d’administration. Heureusement pour Anne Lauvergeon et Laurence Parisot que la loi limite le nombre de mandats d’administrateurs… Cette tendance a eu les effets les plus pervers dans le pays où la diversité a été le plus promue au rang de priorité : la Norvège. La loi y impose, au même titre que la publication des comptes ou le paiement de l’impôt sur les sociétés, une parité parfaite dans les Conseils d’administration : la proportion d’administrateurs d’un sexe donné ne peut dépasser 60%. Cette politique a eu pour principal effet qu’une poignée de femmes ont rapidement trusté toute l’économie du pays. Faute de candidates, le cumul a atteint des proportions assez inquiétantes en termes de conflits d’intérêt…

La tendance aux quotas conduit les entreprises à remplacer presque systématiquement une administratrice sortante par une autre femme… L’essentiel est d’avoir une femme. Seules un peu plus de 20% des Fortune 500 avaient… deux femmes. Dans ces conditions, la première femme arrivée est embauchée en tant que quota – voilà qui est valorisant… mais utile à savoir, une femme a en général plus de chances qu’un homme, à compétences égales, de trouver un emploi dans la finance qui veut casser son image de secteur sexiste. La deuxième, en revanche… Quel intérêt, l’entreprise a déjà une femme, mieux vaut embaucher un homme dont on est plus sûr qu’il soit compétent…

La troisième raison qui limite le nombre de femmes dirigeantes tient à une conception générale de la société, encore en vigueur dans les pays développés. Et même de plus en plus répandue. Le temps de travail est extensible, il a tendance à atteindre 70 voire 90 heures par semaine dans les grandes banques d’affaires, par exemple. C’est le cas pour les hommes comme pour les femmes, mais ce genre de durée hebdomadaire sous-entend qu’il y a, quelque part, quelqu’un pour prendre soin des aspects personnels de la vie du travailleur. Quelqu’un qui élève les éventuels enfants, fait les courses, prépare le dîner, planifie les vacances, range l’appartement… Autrement dit : un conjoint qui ne travaille pas, ou une assistante - l’assistant est rare, dites-moi si vous en avez déjà croisé… Le monde moderne du travail se fonde en fait sur une division domestique des tâches implicite, dans laquelle le travailleur est réputé vivre avec quelqu’un qui, à l’inverse, ne travaille pas mais gère tous les aspects de sa vie qu’il n’a pas le temps de traiter lui-même. Or, traditionnellement, le rôle de celui qui travaille est confié à l’homme, tandis que la femme ne travaille pas – ou travaille moins : pourquoi tant de patrons du CAC 40 épousent-ils des enseignantes ? Cela commence à poser problème pour les célibataires. Hommes et femmes, ils se retrouvent à gérer seuls leur carrière ainsi que tout le reste. Mais l’équation devient insoluble lorsqu’une femme qui travaille a aussi un conjoint qui travaille. Il ne reste plus personne alors pour veiller à l’équilibre de l’économie domestique. Et le mari au foyer est un concept qui reste à inventer…

Le problème du manque de représentation des femmes à des postes à responsabilité va donc bien au-delà d’une pure question de sexisme. Il tient aux femmes, aux entreprises qui les emploient et aux paradigmes sur lesquels repose la société moderne. Et il peut être résolu. Les femmes peuvent choisir des carrières plus opérationnelles qui leur donneront la possibilité de passer PDG. Les entreprises peuvent cesser leur politique de quotas et recruter les gens, à la place, uniquement sur leurs compétences. La mise en place du CV anonyme peut procurer un moyen d’atteindre cet objectif. Et les paradigmes peuvent évoluer – à défaut, de brillantes carrières d’assistantes, et même, soyons fous, d’assistants, peuvent s’ouvrir à des jeunes désœuvrés ! La seule chose qui n’aidera pas les femmes est cette tendance à les poser – à nous poser – en victimes perpétuelles d’un système qui serait mauvais par essence.

 

La fameuse invasion de l’Autriche par les ours 24 janvier 2008

Classé dans : Idéologies soixante-huitardes — princessemarie @ 15:48
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Signalé ce matin par le Monde :

Alors que les forêts autrichiennes comptaient presque 25 ours à la fin des années 90, il n’en resterait plus que quatre actuellement. Le WWF a alerté la police criminelle qui a ouvert une enquête. 

C’est grand un ours : 1m30 à 2m80 selon les espèces, 100 à 400 kg sans même compter le mastodonte qu’est l’ours polaire. Or, près d’une vingtaine d’ours se sont évanouis dans la nature. Les experts interrogés estiment qu’autant d’animaux n’ont pas pu mourir de mort naturelle en si peu de temps, ils auraient donc migré – mais les pays limitrophes n’annonçent pas d’arrivées d’ours sur leur territoire – ou auraient été abattus par des chasseurs. A ce jour, un seul ours empaillé a été retrouvé et identifié comme l’un des animaux manquants. Je me demande ce que sont devenus les autres.

A en juger par les réactions qui ont accueilli la réintroduction des ours dans les Pyrénées, je suppose qu’ils ont en effet été victimes de chasseurs. Mais qu’en ont-ils fait ensuite ? Le cours actuel de l’ours chez les taxidermistes est-il tel que les chasseurs se sont fatigués à les transporter ? D’autre part, les ours autrichiens, contrairement à leurs congénères des Pyrénées, sont autochtones, “bien intégrés” dirait Brice Hortefeux, et ne semblaient pas faire de tort aux moutons. Je suis peut-être une vilaine bobo citadine qui ne s’est jamais retrouvée nez à nez avec un ours, mais ça me fait de la peine.

Il me semble que les ours faisaient partie d’un écosystème et contribuaient à maintenir un certain équilibre. A présent avec seuls encore quatre individus, c’en est fait de la biodiversité. Pour que des ours continuent à vivre en Autriche il faudra y introduire des individus étrangers comme dans les Pyrénées, dans une démarche coûteuse et artificielle. Ou alors on ne le fait pas, et les ours devront se cantonner aux zoos ou aux livres pour enfants.

Ces derniers temps, chaque fois que j’ai entendu parler d’écologie, le terme “développement durable” s’y était accolé, et il était question d’émissions de dioxide de carbone. Pourquoi une telle polarisation sur un seul thème, qui plus est galvaudé et investi en masse par des entreprises qui ont créé pour l’occasion de belles publicités, où l’on apprend entre autres que telle lessive, outre de laver plus blanc que blanc, est également efficace dès 30 degrés et contribue de ce fait à sauver l’environnement ? La biodiversité me paraît avoir disparu du débat, alors que sa lointaine cousine la “diversité” tout court, qui reste à définir clairement, est devenu le cheval de bataille de N.S.

Un avis ? Des écologistes dans la salle ? Des amis des ours ? Des… chasseurs pyrénéens ?

(Dans l’hypothèse improbable où le fantôme de Dino Buzzati passerait par là, je le prie de voir mon titre comme un hommage à son oeuvre. Il est le premier auteur dont je me sois aventurée à lire une nouvelle complète en italien)

 

Ceci n’est pas un blog… juste une tentative 24 janvier 2008

Classé dans : Tous ces "je" et ces "moi" — princessemarie @ 12:12

 A vrai dire il s’agit juste d’une tentative de créer – et surtout d’alimenter régulièrement – un blog. C’est déjà la deuxième en ce qui me concerne, mon précédent blog n’ayant pas passionné les foules. Ou alors c’est peut-être parce que, froussarde que je suis, je n’en avais pas donné l’adresse à grand-monde. Quoi qu’il en soit, des amis et des inconnus que j’aime beaucoup lire arrivent avec un certain succès à bloguer et, dans ma grande prétention, j’ai décidé d’essayer aussi.

Laissant la planification aux Soviétiques et la prospective à Eric Besson, je vais m’aventurer quand même à quelques prévisions. Vous pouvez vous attendre à trouver ici des avis sur des bouquins, des commentaires politiques interminables et parfois soporifiques, des interrogations existentielles, un ou deux messages de soutien laissés par des amis, et le récit des voyages ou week-ends que je ferai. Pour la suite et pour reprendre une phrase éculée, ce sera comme dans une auberge espagnole, on y trouvera ce qu’on y apportera. Certes, je suis une personne extrêmement égocentrique, mais “tous ces je et ces moi“, comme dit joliment Stendhal au début de La vie d’Henri Brulard, m’épouvantent un peu… Les commentaires sont donc plus que bienvenus, que nous nous connaissions ou pas.

(copyright de l’image : Los Angeles County Museum of Art)